jeudi 24 juin 2010

Par les soirs bleus d'été...

Certains l'auront peut-être déjà deviné, rester un mois chez mes parents n'améliore pas franchement mon dynamisme déjà moribond. D'autres qui sont peut-être les mêmes que certains auront compris que le principal usage d'un blog, c'est d'avoir un espace virtuel où trainer ses savates quand même le fait de regarder un film demande trop d'efforts de concentration.

Je n'oserai jamais, au grand jamais, affirmer avoir touché le fond, des fois que Murphy prenne ça pour une provocation personnelle. Mais je me dois de signaler avoir passé une demie-heure à observer le monde à travers le petit trou au bout du coupe-ongles, dont on n'a jamais trop compris à quoi il servait. Bon. Je lui ai trouvé un usage. Il déforme très légèrement les objets, on dirait qu'ils se tordent sur le bord du trou. Et puis ça permet de mettre en évidence à quel point l'oeil humain est capable d'une mise au point précise: objet fixé net, arrière-plan flou, très flou, à totalement flou selon l'éloignement de la zone de mise au point, variable en une fraction de seconde.

(si après ça j'ai pu convaincre une âme en peine de fermer un oeil pour regarder le monde à travers un trou de cinq millimètres de diamètre...
J'en serai fière)

Prenant sur moi pour affronter mes penchants naturels à l'apathie, j'ai tenté de ressortir mes pinceaux, mais l'ouvrage ainsi entamé ne se compose pour l'instant que d'un fond sur lequel s'étendent des esquisses inachevés. Allons bon. Histoire de m'acheter une bonne conscience en ayant quelque chose à montrer, j'ai déterré de mes piles un des ces innombrables dessins dont j'étais censée, un jour, faire quelque chose.

Portrait en pied de Boucle d'Or.




Avec en prime la petite histoire de pourquoi et comment je me suis retrouvée, par une froide matinée de février où tout semblait tellement plus intéressant qu'un cours de plus sur Molière, à m'intéresser à ce personnage.

Boucle d'Or arrive dans la maison des trois ours. Elle y cherche une place. Essaye celle du papa, mais rien à faire, cette place ne lui va pas du tout. Essaye celle de la maman, mais elle n'est pas très confortable pour elle. Essaye celle de l'enfant, qui lui va à merveille, sauf que le hic, c'est qu'elle est déjà prise. Et Boucle d'Or, en essayant de s'y installer, ben elle abîme tout. Alors papa, maman et enfant la chassent de leur maison dans les bois.

Toute personne ayant un minimum de connaissance en conte de fées doit se rendre compte qu'il y a un truc qui ne va pas. La forêt où l'on rencontre des êtres bizarres voire malveillants, le héros est censé y arriver quand les choses ont commencé à mal tourner dans sa vie, qu'il n'a plus rien à manger, ou que leur maman est morte, ou leur belle-mère vraiment trop méchante. Qu'est-ce qu'elle fait là, Boucle d'Or?

Ensuite, le héros il gère trop comme un... héros face aux épreuves de la forêt, alors du coup, il en sort, et il retrouve au choix sa maman, sa princesse, ou des crêpes au nutella. Boucle d'Or, elle, on sait pas trop où elle va atterrir après. Ok, elle s'est enfuie de chez les trois ours, ok, ils la croqueront pas, mais elle est quand même paumée toute seule en pleine forêt alors qu'elle a quoi, six-sept ans cette gamine? C'est pas terrible comme fin.

Vous aurez donc compris que je me targuai de lui en trouver une, de fin, à Boucle d'Or, un truc où elle serait heureuse et aurait beaucoup de chatons parce que eux, on peut les noyer s'ils deviennent trop pénibles. (Tout le monde n'a pas forcément un congélateur chez soi.)

Si vous avez bien suivi, vous savez d'ores et déjà que ma charmante Boucle d'Or, avec ses longs cheveux, son air maussade et ses vêtements trop grands pour elle, elle s'est retrouvée aux oubliettes dans un coin poussiéreux de mon esprit et que je me suis toujours pas occupée de lui trouver une fin. Parce que là, j'avoue, je sèche un peu sur la façon dont elle va s'en sortir.

Et parce que je suis une procrastinatrice acharnée, aussi, un peu.

mardi 15 juin 2010

L'humour est la politesse du désespoir.

Prenons les choses au second degré. Ironie et distance sont mes maitres mots, sans oublier une bonne dose d'auto-dérision. Mais avouez que la caf a un sens de l'humour bien particulier.

La caf de Vannes m'avait bien fait poiler avec son message d'accueil: "Bonjour. Pour continuer, appuyez sur *". Le répondeur automatique n'ayant pas pu apprécier la subtilité de ma réponse spontanée ("bof, non, pas trop envie finalement"), je me suis retrouvée à appuyer gentiment sur * pour passer en surtaxé et avoir droit à la suite du sketch. La voix automatique détaillant très lentement tous les choix possibles (je me demande très franchement s'il y a VRAIMENT des gens qui appellent la caf pour avoir droit au catalogue des prestations récité par un répondeur automatique en sélectionnant le choix 3), les minutes défilent et la bonne vieille devise "le temps, c'est de l'argent" n'est jamais aussi vraie que quand on est pendu au téléphone dans l'attente du bon choix.

Enfin, à force de pianoter sur les touches, j'arrive à obtenir le choix "parler à un technicien". Après quelques secondes d'attente, la gentille voix automatique précédée de sa musique censée être apaisante m'annonce que "tous les techniciens étant actuellement occupés, nous allons mettre fin à votre appel". Et je me retrouve à fixer d'un air ébahi mon téléphone portable me confirmant que non, je n'avais plus aucune communication en cours.

S'ensuit une longue mais tellement moins passionnante phase de démêlés avec les dossiers perdus ou oubliés au fin fond de la pile. Je finis par croire, pauvre innocente, que mon calvaire est terminé quand enfin, je fournis la dernière pièce manquante à mon dossier, la déclaration de revenus en ligne que je n'ai le droit de faire que lorsqu'ils ont traité tout le reste. Et j'attends avec confiance le courrier devant me confirmer la somme versée par la caf pour m'aider à me loger presque décemment, à condition que le respect de la vie privée ne soit pas considéré comme un critère essentiel de décence.

La confiance a des limites, au bout d'un mois et des poussières je m'impatiente impatiemment de recevoir les allocations attendues avec impatience (vous aurez compris l'idée). Je me permets donc de jeter un oeil sur le site internet, des fois que j'y trouve une copie d'une attestation de paiement hypothétique qui se serait glissée dans une des fissures du changement de statut de la poste et ne serait jamais arrivée à bon port, bref, ils me les paient ces aides au logement ou pas?

Votre situation ne nous permet pas de répondre à votre demande. Pour plus d'information, contactez-nous.

me répond gentiment le site internet. Et là mon être désespéré comprend qu'il va falloir ré-affronter les affres du "EN DIRECT AVEC VOTRE CAF AU : ".

Je m'arme de courage pour affronter bravement les temps d'attente interminable, et expose gentiment ma situation à la gentille conseillère. Très gentiment. On m'a déjà prévenu que la caf était en sous-effectif, qu'ils n'arrivent pas à traiter les dossiers à temps pour ça, qu'ils ne reçoivent leur budget annuel qu'après avoir passé six mois à s'endetter pour faire tourner le système bancaire, bref tout plein d'histoires que je n'ai pas vérifiées directement mais qui me semblent des excuses potentielles, si elles sont avérées, à quelques dysfonctionnements, et ce n'est pas la faute de la personne que j'ai au bout du fil. Je suis donc extrêmement compréhensive. Trop, peut-être. Les gens qui engueulent tout le monde au bout du fil, peut être que leur dossier est traité avant. Mais passons.

La gentille dame à qui je finis par pouvoir expliquer ma situation accepte gentiment de partir à la recherche de mon dossier, me laissant en tête-à-tête avec une petite musique d'attente aux notes tout aussi répétitives que ses paroles: "votre correspondant effectue des recherches dans votre dossier". Au bout d'un long, très long moment, je finis par me demander si mon dossier est réellement si complexe ou si c'est juste qu'ils n'ont jamais pris la peine d'enregistrer le message "votre correspondant est parti en pause café". Je développe peu à peu une aversion profonde pour les trois petites notes devant m'aider à patienter sans stress ni énervement, une idée aussi efficace que si l'on voulait faire écouter la Neuvième Symphonie à Alex De Large pour l'aider à se détendre.

Je suis mauvaise langue, la conseillère n'était pas partie en pause, elle a réussi à retrouver et consulter mon dossier en un temps record, si on le compare au temps nécessaire à la caf de Vannes pour remettre la main dessus et l'expédier (environ un mois). Elle m'informe donc aimablement que ledit dossier est complet. Chouette. Je sais que vous trépignez tous d'impatience à l'idée que vous allez enfin savoir par quel nouveau miracle la caf a réussi à déclarer qu'une étudiante sans ressources pour l'année 2008 et pour qui ses parents ne reçoivent plus d'allocation n'a pas droit aux aides au logement pour une chambre en cité U.

Moi aussi, je trépigne d'impatience. Je serai recontactée par un technicien caf au cours des prochaines 48h pour de plus amples informations.

mardi 8 juin 2010

Suite du précédent



Après avoir annoncé des tentatives d'utilisation de la pâte fimo dans le billet précédent, je me suis sentie presque obligée de les montrer. L'ennui estival ayant brisé le frontière entre le "presque obligée" et l'obligation pure.

Comme vous l'aurez remarqué, je fais preuve de follement d'originalité en me livrant cette fois-ci à la représentation de mignonnes bestioles colorées. Et je n'ai même pas pris la peine de faire le moindre effort pour améliorer la netteté de l'image, honte sur moi.

La faute là encore à l'été et plus particulièrement à un séjour trop prolongé chez mes parents, ce qui ne manque jamais de me changer en larve apathique ne trainant ses pantoufles que de son lit à l'ordinateur.

Seigneur, que la souris mes permettant de cliquer sur le bouton "publier le message" semble loin de la position actuelle de mes mains! Heureusement les informaticiens, dans leur immense paresse, créèrent les raccourcis clavier.

samedi 5 juin 2010

Y prévoient des orages pour demain

Pour commencer, un petit fond musical.

Oui, parce que moi j'ai eu droit à un charmant fond sonore pour les élucubrations qui ont donné lieu à ce billet, mais je vous épargne les enregistrements de la bande de quinquagénaires bien imbibés qui chantent à tue-tête dans le jardin. Le lien ci-dessus devrait de toute façon être aussi absurde et décalé qu'un mec chantant une série de lalala sur l'air de Bella Ciao en désharmonie totale avec la guitare censée l'accompagner.

Comme on peut s'en douter, non mon jardin n'a pas été réquisitionné par des alcooliques anonymes comme n'importe quel vulgaire jardin public, il s'agit bien évidemment de l'anniversaire de mon père, né le 23 janvier.

(tiens, changement de fond sonore:
c'est la corne de brume maintenant)

J'ai donc du supporter depuis maintenant 11h les amis de mes parents dont je ne connais pas le quart mais qui tiennent tous à s'enquérir de ce que je fais dans la vie.

-Et ça te plait?
-Non.
-Bon, t'as eu ton année quand même?
-Non.
-Et ça va déboucher sur quoi après?
-Chômeuse, comme tout le monde.

Je me suis donc efforcée autant que faire se pouvait de me replier dans ma chambre pour fimoter allègrement et élaborer des scénarios où mon nouvel ami imaginaire venait me venger de tous ces affreux cheminots, profs, et autres ex-jeunes ayant commencé leur carrière au temps du plein emploi qui se permettent de critiquer "les jeunes d'aujourd'hui".

Présentation immédiate de l'ami en question:


























Et j'ai également attaqué la relecture de Watchmen, ou Comment une génération croyant que la fin du monde serait pour elle échappe à la guerre nucléaire et arrive à une nouvelle ère de prospérité, et ce grâce à l'intervention d'un surdoué qui se prenait auparavant pour un superhéros en compagnie d'une bande de nazis névrosés. Lesdits nazis étant devenus des héros glorifiés dans l'adaptation cinématographique hautement fidèle à l'exception de ce léger détail.

Puis j'ai poursuivi mes rêves éveillés où cette fois, Superchat se lançait à l'assaut du corps enseignant et administratif de ce que nous appellerons pour éviter un procès en diffamation l'Union des Jeunes Mangoustes, section Analphabètes Libidineux du Loiret, pour leur apprendre à ne pas modifier le règlement d'un semestre à l'autre sur des critères arbitraires. (Quand c'est fait par un de MES héros masqués, c'est de la pédagogie, pas du nazisme).

Les prochaines victimes de Superchat seront la totalité des gens m'ayant déjà confondue par mégarde avec un kleenex (quel que soit l'usage dudit kleenex, d'ailleurs). Mais là j'ai peur que ça fasse beaucoup même pour ses supergriffes. Faudra quand même lui laisser un répit entre le génocide pédagogique et ça.

Quant à ça qui n'auraient toujours pas compris le pourquoi de la guimauve auditive infligée en début de billet, une défragmentation cérébrale s'impose.

dimanche 23 mai 2010

De l'art délicat de bouquiner au soleil

Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'ait dissipé
(dixit un illustre inconnu dont le nom ne me dit rien, et à vous non plus je suppose)

Bon. Admettons. Dans ce cas, je parierais aisément que le monsieur en question, pour employer innocemment le mot "lecture", n'a jamais connu les "programmes" ou "listes" de "lecture", les "lectures recommandées", les "TD de lecture", le tout devant immanquablement se solder par commentaires composés, dissertations de littérature comparée, et autres vous-avez-quatre-heures.

Donc lire est une chose, mais bouquiner, a fortiori au soleil, en est une autre.
On sait tous que ça ne viendrait à l'esprit de personne de s'emparer d'un exemplaire de l'Heptaméron pour aller bouquiner au soleil.
(Non? C'est donc que vous ne savez pas ce qu'est l'Heptaméron.
Bon, rendez vous à la bibliothèque la plus proche, au rayon "littérature de la Renaissance", cherchez Marguerite de Navarre... ou pas en fait.)

Tout ceci pour en venir à ce cri d'amour. Neverwhere, c'est bien. Neverwhere, c'est beau. Neverwhere, c'est bon. Si vous en doutez, vous pouvez vous rendre (pour de vrai cette fois) à la bibliothèque la plus proche, au rayon "fantasy/S-F", cherchez Neil Gaiman. Une fois le roman localisé, inutile de lire la quatrième de couverture. D'abord, elle fait pas envie, on aurait plutôt tendance à reposer le bouquin aussi sec (un peu comme ce fut le cas quand je suis tombée sur Harry Potter le tout premier qui m'avait l'air tellement gnan-gnan mais bon j'ai rien à lire, du temps où j'étais encore une enfant innocente avec des lapins sur les murs de sa chambre). Donc faites-moi aveuglément confiance et ouvrez directement le livre à la première page.

Neverwhere, c'est juste un vrai bon livre avec une intrigue, du suspense, une bonne histoire, de bons personnages, et une pincée d'humour pince sans rires. Bref, c'est tout ce qui m'avait désespérément manqué au cours de ce longlonglong semestre au cours duquel, quand j'ouvrais un livre, c'était bien souvent à contre-coeur, stylo à la main pour relever citations et pistes de fiche de lecture. Parce que bon, tout le monde peut prendre un livre au hasard au jour où il fait beau, mais pour arriver vraiment au bonheur suprême qu'est bouquiner au soleil, il faut tout naturellement que le livre se lise tout seul, histoire d'être sur qu'on ne le lâchera pas tant qu'on n'aura pas changé cinq fois la chaise longue de place pour garder le niveau d'ensoleillement optimal malgré les ombres qui tournent, s'allongent et se rafraichissent; tant qu'à faire, en fait, autant être sur qu'on ne le lâchera pas avant de l'avoir fini.

(pour ceux qui ont un doute et risqueraient d'être tentés de retourner réviser, préparer le repas ou tondre la pelouse, la solution est de mettre à contribution le chat en le gardant sur les genoux tout le temps de votre lecture, ainsi il vous rappellera en grognant qu'il est encore beaucoup trop tôt pour interrompre votre lecture et, du même coup, votre sieste. Tout le monde ne passe pas tout de suite expert dans l'art du farniente, il n'y a pas de honte à se faire aider par quelqu'un qui n'a jamais connu d'autre mode de vie)

Je ne sais pas si je l'ai déjà mentionné, mais si vous cherchez un livre du genre qui se lit d'une traite au soleil sans penser à rien d'autre, Neverwhere il est vachement bien. Déjà il est magnifiquement bien écrit (bon, normal, c'est de Neil Gaiman, vous savez, celui qui a fait Sandman). Ensuite, dire que l'histoire est originale et surprenante, ce serait un peu comme de dire que l'éruption d'un volcan islandais ça donne de la fumée et des cendres. "Captivant" s'approcherait peut-être un peu plus de la réalité, sans pour autant lui rendre justice. "Du genre où on a le souffle coupé toutes les deux pages tellement on s'y attendait pas et on reste sur le cul en se disant "naaan, quand même, il a pas osé?!" et qu'à la fin du livre on a plus besoin de coupe-ongles parce qu'il n'y en a plus un qui n'ait pas été rongé", certes c'est un peu lourd, mais c'est sans doute plus évocateur.

Et le moins qu'on puisse dire c'est que les livres dans ce genre m'avaient profondément manqué ce semestre.

lundi 17 mai 2010

Moi vouloir être un chat.


Pourquoi il vaut infiniment mieux partager ses nuits avec un chat qu'avec un homme, je l'ai déjà évoqué à plusieurs reprises.

Mais au final, j'en suis à me dire que l'idéal serait d'être soi-même un chat. C'est trop compliqué pour moi une vie d'humain.


(et en plus, un chat, ça a pas à s'épiler...)

lundi 26 avril 2010

Putain, un an...

Au hasard de deux pages internet, je découvre que les gens ont une habitude bizarre, celle de souhaiter un joyeux anniversaire à leur blog. Personnellement, je ne me souvenais pas franchement de la date de naissance du mien. Non, l'accouchement n'avait pas été franchement marquant, à vrai dire blogger et moi on avait fait ça sur un coup de tête; oh bien sur, je ne dirais pas qu'on était pas prêts, mais j'ai pas été forcément une bonne mère depuis.
Il y a eu moults dessins, peintures, trucs intéressants, trucs qui ont fait rire certaines personnes, trucs qui ont plu, et puis il y a eu aussi des périodes d'abandon, et puis des rechutes dans la lamentation cybernétique aiguë. J'ai pas exactement tenu toutes les promesses faites à sa naissance quoi, mais qui le fait? Si ç'avait été le cas, de toute façon, le pauvre blogounet n'aurait pas tenu la pression d'avoir une mère aussi parfaite ne lui laissant pas droit à l'erreur. Je vous laisse imaginer la crise, donc, au premier bug, s'il s'affiche mal sur l'écran d'un visiteur...

Donc, non, les anniversaires, c'est pas mon truc, à plus forte raison si je dois cherche des bougies virtuelles à afficher quelque part (y'a surement une application pour ça). Je me souviens de toute façon jamais des dates, je ne me dis jamais "ça fait un an que...". Il a fallu que je jette un oeil dans l'historique en me disant "tiens, et moi, ça fait combien de temps que j'entretiens ce truc?".

Et là, PAF! ça a fait (/des chocapic.../) un bon coup de vieux pour ma gueule. C'est bête et méchant, mais quand on se dit "tiens, ça fait un an", on évite pas quelques bilans. Au moins un ptit coup d'oeil en arrière.

Ca fait un an que j'ai commencé un nouveau blog, un bon moment après avoir fermé l'ancien pour cause de "c'est de passé tout ça" (le billet intitulé "ou pas" existait, en fait, mais n'a jamais été mis en ligne. Pas envie de faire culpabiliser la seule personne qui aurait compris). Tout récemment, j'ai pensé que celui-là aussi, il pourrait bien passer prochainement à la trappe du "c'est du passé tout ça" vu ce qui a pu avoir lieu depuis.
Il y a un an, j'étais encore à Lorient, étudiante en art, j'étais enfermée dans un studio bordélique où je m'ennuyais bien souvent à mourir faute d'en sortir ou d'y faire rentrer du monde. Je passais beaucoup de temps à glandouiller sur l'ordinateur pour parler avec des gens qui étaient loinloinloin. J'étais empêtrée dans des sentiments auxquels il était visible que je n'aurais pas de réponse (ou comme me l'avait annoncé un livre interrogé sur le sujet: "se nessuno ha risposto fin'ora, è segno che non c'è nessuno a casa". J'avais pas trop envie d'y croire). Le nombre de mes amis diminuait (une fois de plus) sans s'être franchement renouvelé. Je venais de passer mon stage d'appro bafa et attendais impatiemment mon diplôme tout beau tout chaud, sans savoir que la ddjs s'amuserait à mélanger les dates de naissance de toute la session et devrait donc m'en refaire un autre.

Depuis, je me suis débattue avec l'Administration pour partir en Autriche l'année suivante au lieu de rester dans une école où je ne me plaisais plus. Je me suis fait virer de ladite école. Je n'ai gardé presque aucun contact avec qui que ce soit, si on excepte deux ou trois sms. J'ai passé trois semaines à garder des chèvres en Italie. J'ai pris la résolution ferme d'arrêter mes études pour partir cueillir des olives en Grèce et animer des classes de découverte. Je me suis retrouvée inscrite contre ma volonté à des entretiens d'entrée pour des BTS privés d'arts graphiques dans la presqu'île de Lyon. Je me suis inscrite, bon gré mal gré, en fac de lettres, et en plus j'y suis réellement allée. J'ai fait une colo avec des gens trop cools et des gosses de riches, et un taux d'encadrement que je qualifierais aisément de superflu; et une autre avec une directrice horripilante, 140 gamins adorables, et pas assez d'anims. J'ai crié haut et fort que jamais je ne me plairais dans cette fac, une prophétie à la vérité fluctuante. Je me suis retrouvée accidentellement et temporairement de retour chez mes parents, et ce en plus au même moment que mon bien-aimé grand frère. J'ai découvert les joies des centres de loisirs, avec un public un peu moins calme que celui dont j'ai l'habitude. Et ça m'a couté un mois et demi de plâtre du bras droit (je suis bien sur droitière) par faute d'une sortie à la patinoire. Mes parents ont acheté une maison de campagne que l'on a pas le droit d'appeler comme ça parce que ça fait trop bourge d'avoir deux maisons. J'ai accumulé disputes en tous genres avec toute la famille, sauf le chat. J'ai fait la connaissance de plein de gens que je tentais régulièrement et méthodiquement de faire fuir. J'ai fait cinquante fois le même serment de ne plus m'attacher à personne, et je l'ai renié sans doute quarante neuf fois. J'ai eu des nausées à la seule idées de rentrer chez moi, des soirées à pleurer et des journées du lendemain en mode zombie où remonter un kilomètre et quelques à pieds me semblait une ascenscion insurmontable. J'ai atterri un peu par hasard en Cité U et toujours par hasard au milieu de l'étage le plus vivant des deux bâtiments; j'y ai découvert les joies des soirées crêpes une fois par semaine, la quantité d'alcool pouvant être ingérée par des auvergnats, le charme insoupçonnée de se retrouver à 20 dans une cuisine pour 6, j'en passe et des meilleurs. J'ai supporté une période des fêtes aussi déprimante que le sont toutes les périodes des fêtes pour moi. J'ai ri de bon coeur (voire gloussé) à un sms me souhaitant pour 2010 tout ce qui me manquait en 2009. J'ai décrété plus tard et à plusieurs reprises que ça me manquait en fait pas tant que ça. Je suis partie en vacances dans la nouvelle maison de mes parents que je n'ai finalement pas du tout aimée. J'ai découvert à quel point je sous-estimais le potentiel de l'Administration. J'ai découvert que c'est cool de faire ses comptes en ayant une colonne "+" à côté de la colonne "-". Je me suis retrouvée sans trop savoir comment à regarder un film minable et ultra-violent adapté d'un comics, dont le seul intérêt était peut-être de me cacher les yeux quand il y avait trop de sang et de bouts de cervelle qui giclaient. Je me suis retrouvée je ne savais trop comment à errer dans les rues de St Etienne à 6h du matin en pensant qu'il en était 7 et à trouver un réconfort inattendu dans le froid, le vide et le silence des rues. Je me suis forcée à sécher mes larmes pour aller au centre de loisirs alors que ma seule envie était de me pelotonner sous ma couette, pour me retrouver dix minutes plus tard avec un sourire jusqu'aux oreilles. J'ai promis (cette fois-là, ça devait être environ la trente-quatrième) de ne plus jamais avoir d'amis après une énième soirée décommandée au moment où j'en aurais le plus eu besoin. J'ai découvert le charme inattendu d'une semaine de colo avec des maternelles alors que j'avais juré que je n'en ferais jamais. J'ai passé des heures et des heures à m'arracher les cheveux et me décrocher la machoire sur des textes en français-Renaissance. J'ai mis plus de jupes en quelques mois qu'au cours des cinq dernières années. J'ai appris à faire des sushis. J'ai démontré une fois de plus à quel point je ne pouvais que fondre quand on était gentil avec moi. J'ai passé pas mal de nuits sans beaucoup dormir. J'ai du traverser une zone inconnue de St Etienne un dimanche sans plan et sans savoir par où passer en remâchant un joli discours que j'ai dû finir par avaler. J'ai fait sans m'en rendre compte des deuils longuement attendus. J'ai découvert que j'étais en anémie cinq jours avant de partir en colo avec des insomniaques. J'ai passé plusieurs heures à bavarder avec un parfait inconnu alors que j'étais censée me coucher tôt. J'ai appris à mettre en ligne les photos du séjour pour les parents inquiets qui nous ont confié leur bambin de quatorze ans. J'ai improvisé un mariage sous les chocapics au milieu du réfectoire.

Et je me dis avec tout ça que j'ai eu 19 ans, que d'ici le 19 septembre prochain tout porte à croire que j'aurai 20 ans, et que c'est pas si mal.

Voire vraiment fun.